La douleur animale ne crie pas toujours. Apprenons à reconnaître les signes
Nos animaux nous parlent constamment. Un regard, une posture, un changement dans leurs habitudes, une réaction inhabituelle… leur langage est principalement non verbal et, même lorsqu’on les connaît par cœur, certains de leurs messages peuvent nous échapper.
C’est particulièrement vrai lorsqu’il est question de douleur.
Septembre est le Mois de la sensibilisation à la douleur animale, une occasion de rappeler que la souffrance chez un chien, un chat ou un petit animal ne s’exprime pas toujours de la façon dont on pourrait l’imaginer.
« S’il avait mal, je le saurais. » Vraiment?
Lorsqu’on pense à un animal qui souffre, on imagine facilement un chien qui gémit ou qui boite, ou encore un chat qui réagit vivement lorsqu’on touche une région douloureuse.
Ces manifestations existent, bien sûr. Mais la douleur peut aussi être beaucoup plus discrète.
Un animal qui joue moins, dort davantage, hésite avant de sauter, s’isole, modifie ses habitudes de toilettage ou devient soudainement plus irritable peut exprimer un inconfort ou une douleur.
C’est d’ailleurs une réalité qui préoccupe le milieu vétérinaire. Selon l’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux (AMVQ), six médecins vétérinaires québécois sur dix en pratique des petits animaux se disent préoccupés par le nombre de chiens et de chats qui souffrent sans que personne n’en ait conscience.
Voilà pourquoi apprendre à reconnaître les changements, même subtils, est si important.
Quand un changement de comportement devient un indice
Votre chat, qui sautait autrefois sur le comptoir sans hésiter, préfère maintenant rester au sol.
Votre chien semble moins enthousiaste à l’idée de partir en promenade ou s’arrête plus souvent.
Votre animal devient irritable lorsqu’on le manipule à un endroit où il acceptait auparavant volontiers les caresses.
Votre chat néglige certaines parties de son corps lorsqu’il fait sa toilette.
Pris individuellement, ces changements peuvent sembler anodins. On peut même être tenté de leur trouver une explication toute simple, comme il est paresseux, il est de mauvaise humeur, il vieillit…
Mais si son comportement avait changé parce que quelque chose était devenu inconfortable ou douloureux?
Un changement de comportement ne signifie pas automatiquement qu’un animal souffre. Il mérite toutefois notre attention, particulièrement lorsqu’il apparaît soudainement, persiste ou s’accompagne d’autres changements.

« Il vieillit, c’est normal. »
Voilà une autre idée reçue qui mérite d’être nuancée.
Oui, nos animaux changent en vieillissant. Leur énergie et leurs capacités peuvent évoluer. Mais la douleur ne devrait pas être considérée comme une conséquence avec laquelle ils doivent simplement apprendre à vivre parce qu’ils prennent de l’âge.
L’arthrose, par exemple, peut entraîner une douleur chronique et affecter progressivement la mobilité et la qualité de vie d’un animal. Les changements peuvent être si graduels que l’on finit parfois par les intégrer à notre nouvelle perception de lui.
Il ne monte plus à l’étage. Il ne saute plus sur le divan. Il se lève lentement. Il joue moins longtemps.

Ce que l’on attribue au vieillissement peut parfois mériter une discussion avec son médecin vétérinaire.
Et la douleur ne se limite évidemment pas aux articulations. Une blessure, une infection ou différents problèmes dentaires, digestifs, urinaires ou cutanés peuvent également provoquer de l’inconfort ou de la douleur.
Observer ce qui change
Personne ne connaît exactement les habitudes de votre compagnon comme vous.
C’est pourquoi l’observation est l’un de vos meilleurs outils.
Portez notamment attention aux changements dans :
- sa mobilité et sa façon de se déplacer;
- son niveau d’activité et son envie de jouer;
- son sommeil;
- son appétit;
- ses interactions avec les humains ou les autres animaux;
- sa façon de réagir lorsqu’on le touche ou le manipule;
- ses habitudes de toilettage;
- sa posture ou certaines expressions faciales;
- ses habitudes d’élimination;
- son tempérament ou ses comportements habituels.
L’important n’est pas de tenter de poser soi-même un diagnostic à partir d’un comportement. Il s’agit plutôt de remarquer ce qui n’est plus habituel chez notre animal et d’en parler à notre équipe vétérinaire.
À cet effet, l’AMVQ a développé des fiches d’identification de changement de comportements pour votre chien ou votre chat. Cet outil peut vous aider à noter ce qui est observable. Par la suite, vous pouvez la partager avec votre médecin vétérinaire.
Et lorsqu’une douleur devient chronique?
Certaines douleurs sont temporaires. D’autres peuvent accompagner un animal pendant des mois ou des années, notamment lorsqu’il souffre d’une condition chronique comme l’arthrose.
Une douleur chronique ne signifie toutefois pas nécessairement qu’il n’y a rien à faire.
Selon l’animal, son âge, sa condition et l’origine de sa douleur, un médecin vétérinaire pourra proposer différentes stratégies afin d’améliorer son confort et de préserver sa qualité de vie. La prise en charge peut notamment inclure des traitements médicaux, une gestion du poids, une adaptation de l’activité physique ou d’autres approches recommandées selon sa situation.
L’environnement peut lui aussi être adapté.
Pour un animal dont la mobilité est réduite, de petits changements peuvent parfois faciliter le quotidien : rendre ses endroits préférés plus accessibles, limiter les sauts difficiles, offrir des surfaces confortables et facilement accessibles pour le repos ou adapter les promenades et les activités à ses capacités.
L’objectif? L’aider à continuer de profiter de ce qu’il aime, mais à son rythme.
Apprendre à mieux les écouter
Nos animaux ne peuvent pas pointer un endroit sur leur corps et nous dire : « J’ai mal ici. »
Mais cela ne signifie pas qu’ils gardent le silence.
Leurs mouvements, leurs habitudes et leurs comportements nous donnent de précieux indices. En apprenant à mieux les observer, nous pouvons devenir plus attentifs aux changements qui méritent d’être investigués.
En ce Mois de la sensibilisation à la douleur animale, prenons donc l’habitude de regarder nos compagnons avec un œil un peu différent.
Parce que reconnaître la douleur est la première étape pour pouvoir la soulager.
Si vous remarquez un changement inhabituel ou avez des inquiétudes concernant la douleur ou le confort de votre animal, communiquez avec votre médecin vétérinaire. Il pourra évaluer sa condition et vous conseiller sur les options appropriées pour lui.